Comment
ça marchait avant?
Les
médecins décidaient en recommandant ou choisissant ce
qui était le mieux pour la santé de leurs patients. Il
y avait juste assez de médecins qui travaillaient beaucoup et
avaient ainsi acquis par la pratique une grande expérience. Ils
étaient respectés de leurs infirmières et leurs
infirmières étaient de bonnes soignantes efficaces. L'assurance
remboursait au patient les honoraires du médecin. Le patient
avait confiance en son médecin et en son assurance. Les médecins
pratiquaient et prenaient des décisions pour le bien de leurs
patients.
Comment
ça marche actuellement?
Notre
système de santé a complètement changé:
les médecins, qui prenaient des décisions thérapeutiques
pour vous, ont de plus en plus les mains liées. De nombreux médecins
sont devenus les salariés des hôpitaux publiques et les
employés des assurances et des organisations type "managed
care" (plans de santé, réseaux de santé, réseaux
de médecins, "health maintenance organization ou HMO), qui
décident pour eux, et donc pour vous. Le patient est de
plus en plus l'otage de la santé publique, des assurances
et de médecins en surnombre, qui ne sont plus du tout les défenseurs
des patients. Les assurances et les autorités utilisent de plus
en plus des procédés coercitifs, injustes et frauduleux
dans le but de contrôler la relation entre médecins et
patients, en sorte d'en retirer des bénéfices financiers
au détriment des patients et des médecins. Lorsque les
médecins n'ont plus l'autorité de décider pour
et avec le patient, mais qu'ils le font pour une assurance ou une
administration hospitalière, c'est tôt ou tard le patient
qui le paie de sa santé, voir même de sa vie. En fait,
le médecin ne doit et ne peut avoir qu'un seul patron: son patient,
car nul ne peut servir deux maîtres à la fois, surtout
pas un médecin. Actuellement de plus en plus de décisions
de vie et de mort dépendent d'intérêts financiers.
C'est donc aujourd'hui au patient de se défendre, contre
un refus, contre un retard, contre un médecin de premier recours
qui ne veut pas l'envoyer à un médecin spécialiste,
contre des soins inférieurs à la moyenne et aux standards.
Dans cette situation, plus le patient sait, mieux il se protège
et se fait soigner.
De
nombreux médecins, surtout ceux des plans de santé, des
réseaux de santé, des réseaux de médecins
et des hôpitaux publiques, ne pratiquent plus et ne prennent plus
des décisions pour les patients. Ils le font pour une assurance,
un HMO ou leur employeur. Les patients deviennent de plus en plus les
otages des médecins meilleur marché que leur
assurance ou l'hôpital publique leur impose. Dans les grands
hôpitaux publiques, il y a de plus en plus de médecins
qui font même des choses sur les patients. Ils trouvent
leurs satisfactions, non pas à soigner bien les patients, mais
à faire des publications et des posters après avoir fait
des choses sur des patients. Ils ne se comportent plus comme des médecins,
mais comme des apprentis sorciers. Et cela deviendra pire, puisque,
à l'exemple de ce qui s'est passé dans d'autres pays,
les Suisses s'apercevront, à leur dépends, que les médecins
ont aussi le pouvoir de ne rien faire.
Ces
médecins ont, de plus en plus souvent les infirmières
qu'ils méritent. Les infirmières sont de plus en plus
mal sélectionnées, mal formées, inefficaces et
de mauvaises soignantes. Ayant acquis pendant leur école d'infirmière
le culte des pauses, des colloques, du crayon rouge et bleu et du dossier
infirmier bureaucratique, beaucoup sont devenues paresseuses, pleurnichardes,
et dangereuses pour les patients. D'une part, elles infantilisent les
patients et sont devenues adeptes de l'à peu près, et
d'autres part, elles n'appliquent pas les ordres des médecins
et prennent de mauvaises initiatives personnelles sans recourir à
l'avis du médecin responsable. Quand elles ne prescrivent pas
à la place des médecins!
La
plupart des patients vont chez un médecin ou entrent à
l'hôpital croyant qu'ils vont y être traités par
des professionnels compétents et expérimentés,
et qu'ils ne vont subir que les examens et traitement nécessaires,
pour que le résultat, pour eux, soit un succès. La réalité
cependant est autre: certains de ses professionnels sont incompétents,
irresponsables, toxicomanes, n'encadrent pas les médecins en
formation, et on vous cache, aussi bien leurs erreurs, que le
rationnement discriminatoire qui se pratique de plus en plus
dans les hôpitaux publiques. Certains services hospitaliers souffrent
même déjà d'une culture de la négligence.
Nous ne pouvons pas continuer de laisser gâcher notre santé
à cause de la cupidité des assureurs et de l'incompétence
de trop de responsables médicaux et administratifs. Il n'y aura
bientôt plus que les responsables politiques, et les médiocres
parmi les médecins chefs des hôpitaux publics médiocres,
qui répéteront que la santé publique en Suisse
est la meilleure du monde, soit justement ceux qui font tout pour la
détériorer.
Vous
avez donc besoin aujourd'hui de PatientProtect.com.
Car, pour arrêter les problèmes existants, il faut tout
d'abord reconnaître qu'ils existent, donc être informé,
puis se plaindre efficacement. PatientProtect.com
vous aide à mieux vous informer, à vous protéger,
si nécessaire à vous plaindre, voir à vous défendre.
N'hésitez pas à contacter son médecin par e-mail:
patientprotect@bluewin.ch.
Qualité,
sécurité, erreurs et événements contraires
Les
soins de santé et la médecine technologique ne sont pas
aussi sûrs qu'il devraient et pourraient l'être. Il est
manifeste que les erreurs médicales sont une cause principale
de décès et de lésions, donc aussi de graves défauts
de qualité. Bien qu'il reste beaucoup à apprendre sur
les types d'erreurs commises en santé, et sur le pourquoi elles
se produisent, aujourd'hui, on en sait assez pour reconnaître
qu'il y a là matière à se préoccuper sérieusement
pour les patients.
La
sécurité, le premier domaine de la qualité,
se rapporte à l'absence de lésion accidentelle. Cette
définition est énoncée dans la perspective du patient.
D'une manière générale, la sécurité
est une caractéristique d'un système et non pas des composants
de ce système. La sécurité est une propriété
naissant des systèmes. Pour que cette propriété
soit présente, les organismes de la santé doivent développer
une orientation du système vers la sécurité
du patient, plutôt qu'une orientation qui cherche à
blâmer l'individu.
Le
deuxième domaine de la qualité se rapporte à la
fourniture de soins conformes aux connaissances médicales
courantes et à un exercice de qualité de la médecine.
Actuellement l'exercice de la médecine est fort variable. Souvent,
on constate un manque d'adhérence aux normes médicales
basées sur l'évidence scientifique. Quand quelqu'un a
besoin de soins médicaux, la plus mauvaise qualité n'est
aucun soin du tout.
Une
erreur est définie soit comme l'échec de réaliser
comme prévu une action planifiée (c'est-à-dire,
erreur d'exécution), soit comme l'utilisation d'un plan erroné
pour réaliser un but (c'est-à-dire, erreur de planification).
On connaît beaucoup mieux les erreurs qui surviennent en milieu
hospitalier que celles qui surviennent dans d'autres domaines de
la santé. A l'exception des complications associées aux
médicaments mentionnées plus loin, très peu de
recherches se sont concentrées sur les erreurs ou les événements
contraires se produisant en dehors du milieu hospitalier,
par exemple dans les services ambulatoires de soins, dans les services
ambulatoires chirurgicaux, dans les cabinets médicaux, dans les
pharmacies, dans les homes, dans les soins à domicile, et dans
les soins administrés par les patients, leurs familles ou leurs
proches.
Un
événement contraire est une lésion résultant
d'une intervention médicale, ou en d'autres termes, c'est un
événement défavorable qui n'est pas dû à
l'état sous-jacent du patient, mais causé par la prise
en charge médicale. Un événement contraire attribuable
à une erreur est un événement contraire évitable.
Les événements contraires par négligence
représentent un sous-ensemble d'événements contraires
évitables, qui satisfont des critères légaux utilisés
pour déterminer si il y a eu négligence. C'est-à-dire
si les soins fournis n'atteignent pas le niveau de soins que l'on attend
raisonnablement d'un médecin moyen et qualifié pour prendre
en charge le patient en question.
Données
de la littérature médicale
Vous
ne pouvez pas le croire. Alors sachez que les données de la littérature
médicale suggère que:
Un
quart des décès survenant à l'hôpital
peut être prévenu (Dubois et al. 1988).
Un
tiers des interventions et procédures pratiquées
à l'hôpital exposent les patients à un risque
non nécessaire (Brooke et al. 1990).
Un
tiers des médicaments administrés aux patients
ne sont pas indiqués (Brooke et al. 1990).
Un
tiers des résultats anormaux des examens de laboratoire
ne sont pas pris en considération par les médecins (Brooke
et al. 1990).
Les
révisions des dossiers médicaux des patients hospitalisés
mettent en évidence une incidence alarmante d'erreurs, avec la
moitié des erreurs survenant dans les services chirurgicaux
(Leapen et al. 1991, Gavande et al. 1999).
A
ces observations, s'ajoute que de nombreuses interventions pratiquées
ne sont pas appropriées, ou même pas indiquées du
tout, (Chassin 1987, Berstein 1993, Phelps 1993, Kassires 1993, Caplan
1991 et Redelmeir 1990).
En
Angleterre, chaque année, après le cancer (156.000 décès)
et les affections cardiaques (140.000 décès), l'erreur
médicale est la troisième cause la plus fréquente
de décès. En Angleterre, l'erreur médicale
y tue 40.000 patients chaque année, soit environ quatre fois
plus que tous les autres types d'accidents. A cela s'ajoute que dans
les hôpitaux anglais, chaque année, 280.000 patients souffrent
d'erreurs de prescription de médicaments, de surdosage
en médicaments et d'infections acquises à l'hôpital.
Ces patients doivent, à cause de ces incidents, rester hospitalisés
en moyenne six jours de plus chacun. Ceci est fort coûteux. Comme
toujours, la conséquence en est une augmentation des primes d'assurance
de tous les patients.
Le
véritable drame de la médecine hospitalière actuelle,
c'est qu'on fait beaucoup d'erreurs, en particulier dans les hôpitaux,
que ces erreurs se reproduisent parce qu'elles ne sont, souvent encore,
même pas répertoriées, qu'elles ne sont pas analysées,
et parce qu'on ne cherche pas à les éliminer systématiquement.
Pourtant les anesthésiologistes ont, eux, fait la preuve qu'on
pouvait, aussi en milieu hospitalier, apprendre de ses erreurs.
Ce progrès a été obtenu grâce à une
approche systématique visant à réduire le nombre
d'erreurs, cela dans un environnement culturel où il est devenu
naturel et sans risque de présenter ses erreurs, de remettre
en question le système, de changer le système et de travailler
sur les véritables causes des événement contraires.
La sécurité est, aussi dans les hôpitaux, une affaire
de culture d'entreprise.
Voyons
plus de détails concernant quelques études récentes.
L'étude
la plus vaste au sujet des événements contraires est celle
dénommée Harward Medical Practice Study, une étude
de la pratique médicale de plus de 30.000 patients à leur
sortie de l'hôpital, sorties sélectionnées aléatoirement
dans 51 hôpitaux choisis aléatoirement dans l'Etat de New
York (Brennman et al. 1991). Des événements contraires
caractérisés par une prolongation de l'hospitalisation,
ou une infirmité lors de la sortie de l'hôpital, sont survenus
dans 3,7 pour cent des hospitalisations. La proportion d'événements
contraires dus à des erreurs (c'est-à-dire, événements
contraires évitables) était de 58 pour cent. La
proportion d'événements contraires dus à la
négligence était de 27.6 pour cent. Bien que la plupart
de ces événements contraires aient causé une invalidité
durant moins de 6 mois, 13,6 pour cent de ces événements
contraires ont été à l'origine du décès
des patients et 2,6 pour cent ont causé des lésions
invalidantes permanentes. Les complications dues aux médicaments
étaient les plus fréquentes (19 pour cent), suivies
des infections de plaies (14 pour cent) et des complications
techniques (13 pour cent).
Les
résultats de cette étude de la pratique médicale
de Haward à New York ont été récemment corroborés
par une étude de 1992 des événements contraires
dans le Colorado et en Utah, (Thomas et al, 2000). Cette
étude a examiné les dossiers médicaux d'un échantillon
aléatoire de 15.000 patients à leur sortie de l'hôpital,
d'un échantillon représentatif d'hôpitaux dans ces
deux états. Des événements contraires survinrent
dans 2,9 pour cent des hospitalisations dans chaque état. Environ
quatre de cinq de ces événements contraires se produisirent
pendant le séjour des patients à l'hôpital, et les
autres survinrent avant l'admission à l'hôpital, dans les
cabinets des médecins, au domicile des patients ou dans tout
autre endroit en dehors des hôpitaux. La proportion d'événements
contraires évitables dus à la négligence
était de 29,2 pour cent. La proportion d'événements
contraires qui étaient évitables était de 53 pour
cent. De même que dans l'étude de New York, plus de 50
pour cent d'événements contraires étaient représentés
par des lésions mineures et transitoires. Mais l'étude
à New York a mis en évidence que 13,6 pour cent des événements
contraires ont conduit au décès, par rapport à
6,6 pour cent dans le Colorado et en Utah. A New York, environ un de
quatre événements contraires par négligence ont
conduit au décès, alors qu'au Colorado et en l'Utah, la
mort était la conséquence d'environ un événement
contraire par négligence sur 11. Les facteurs qui pourraient
expliquer la différence entre les deux études incluent:
changement dans le temps de l'état de santé de la population,
différences entre les populations et les systèmes de santé
des différents états.
L'étude de New York et l'étude du Colorado et de l'Utah
ont identifié un sous-ensemble de très nombreux événements
contraires évitables qui satisfont les critères appliqués
par les tribunaux pour déterminer s'il y a eu négligence.
Il est aussi important de noter que certains de ces cas ont pu être
causés par des prestataires de soins incompétents ou diminués
psychiquement ou physiquement.
PatientProtect.com
estime que beaucoup de ces événements contraires auraient
pu être vraisemblablement évités, si de meilleurs
systèmes de soins avaient été mis en place. L'extrapolation
des résultats du Colorado et de l'Utah, appliqués aux
plus de 33,6 millions d'admissions dans les hôpitaux des Etats-Unis
en 1997, implique qu'au moins 44,000 Américains meurent dans
les hôpitaux chaque année en raison d'erreurs médicales
évitables (Thomas et al, 1999 et 2000 ). Si on se base sur l'étude
de New York, le nombre annuel de décès dus à l'erreur
médicale peuvent atteindre 98,000. De toute façon, même
l'évaluation la plus basse représente un chiffre plus
élevé que le nombre de décès attribuables
à la huitième cause de mortalité aux USA.
Deux
études fondées sur l'examen des dossiers médicaux
et d'autres sources d'informations, tels les rapports des prestataires
de soins, ont mis en évidence des taux encore plus élevés
d'événements contraires survenant dans les hôpitaux.
Ainsi
par exemple, dans une étude de 815 patients consécutifs
dans un service de médecine générale d'hôpitaux
universitaires, on a constaté que 36 pour cent de ces patients
souffrirent d'une affection iatrogène, définie
comme une maladie qui a résulté d'une procédure
diagnostique, ou de n'importe quelle forme de traitement concernant
l'affection dont souffrait le patient à l'origine (Steel et al,1981).
De ces 815 patients, neuf pour cent ont eu une maladie iatrogène
qui a menacé leur vie ou a causé une invalidité
très importante, et pour encore deux autres pour cent, l'affection
iatrogène a contribué à la mort du patient.
Dans une étude de 1.047 patients admis dans deux services
de soins intensifs et une unité chirurgicale d'un
grand hôpital d'enseignement, 480 patients (45,8 pour cent) ont
souffert d'un événement contraire. Dans cette dernière
étude, l'événement contraire a été
défini comme situation dans laquelle une décision inadéquate
a été prise, alors qu'une alternative appropriée
aurait pu être choisie (Andrews et al. 1997). Pour 185 de ces
patients (17,7 pour cent), l'événement contraire fut grave,
produisant invalidité ou décès. La probabilité
d'être victime d'un événement contraire a augmenté
d'environ six pour cent pour chaque jour d'hospitalisation. Une raison
de plus de sortir de l'hôpital aussi vite que possible!
Une
analyse de 1991 concernant 203 incidents d'arrêt cardiaque
dans des hôpitaux d'enseignement a mis en évidence que
14 pour cent de ces arrêts cardiaques étaient dus à
une complication iatrogène, et que plus de la moitié de
ces derniers auraient pu être évités.
Dans une étude de 44.603 patients opérés
entre 1977 et 1990 dans un grand centre hospitalier, 2.428 patients
(5,4 pour cent) ont souffert de complications. Presque la moitié
de ces complications étaient dues à une erreur médicale
(McGuire et al. 1992). 749 de ces patients décédèrent
pendant leur hospitalisation. 7,5 pour cent de ces décès
ont été dus à des erreurs.
La
contribution de la complexité et de la technologie à
de tels taux d'erreurs est illustrée par les taux plus élevés
d'événements contraires observés dans les spécialités
chirurgicales hautement techniques telles que la chirurgie vasculaire,
la chirurgie cardiaque et la neurochirurgie. Dans les hôpitaux,
des taux élevés d'erreurs avec de graves conséquences
se retrouvent avant tout dans les services de soins intensifs, les salles
d'opération et les services d'accueil des urgences.
Les
médicaments aussi peuvent être dangereux
Les
erreurs concernant les médicaments rendent compte de un décès
sur 135 décès de patients ambulatoires, et de un
décès sur 854 décès de patients hospitalisés.
Les erreurs concernant les médicaments se produisent fréquemment
dans les hôpitaux. Toutes ces erreurs ne se soldent pas par des
lésions, mais les lésions qui résultent de ces
erreurs sont coûteuses. Une étude récente,
conduite dans deux hôpitaux d'enseignement prestigieux, a trouvé
que presque deux pour cent des admissions ont souffert d'un événement
contraire évitable dû au traitement médicamenteux,
ayant pour résultat une augmentation des coûts hospitaliers
par cas en moyenne de 4700 dollars, ou d'environ 2,8 millions de dollars
annuellement pour un hôpital d'enseignement de 700 lits (Phillips
1998). Si ces résultats sont généralisables, les
seuls coûts hospitaliers des événements contraires
évitables dus au traitements médicamenteux des patients
hospitalisés s'élèvent annuellement aux USA à
plusieurs milliards de dollars par année.
Les
patients hospitalisés représentent seulement une fraction
de la population totale qui risque de souffrir d'un événement
contraire dû aux médicaments. En 1998, aux USA, près
de 2.5 milliards de prescriptions de médicaments ont été
préparées par les pharmacies, cela à un coût
de 92 milliards de dollars. De nombreuses études documentent
les erreurs dans la prescription des médicaments (NWDA
1998, Hallas et al. 1990), dans la préparation de ces prescriptions
par les pharmaciens, (Willcox et al.1994), et dues à la non-compliance
involontaire des patients (Einarson et al. 1993 ).
Les
erreurs concernant les médicaments ont un fort potentiel d'augmenter
la morbidité et la mortalité évitables, dès
lors que de nouveaux médicaments sont introduits pour
un plus large spectre d'indications.En
examinant les certificats de décès des USA entre 1983
et 1993, on a trouvé que 7.391 personnes hospitalisées
en 1993 sont décédées d'erreurs médicamenteuses
(empoisonnement accidentel par des médicaments ou d'autres substances
biologiques suite à des erreurs reconnues par les patients ou
le personnel médical), alors que seulement 2.876 personnes hospitalisées
étaient décédées en 1983. Cette différence
sur 10 ans représentent une augmentation de 2,57 fois
(Phillips, 1998). Concernant les patients ambulatoires, la situation
était pire puisque les décès reportés dus
aux erreurs médicamenteuses ont augmentés eux de 8,48
fois pendant cette période de dix ans.
Les
enfants sont particulièrement à risque en ce qui
concerne les erreurs médicamenteuses, la principale erreur étant
un dosage incorrect (Koren et al. l994, Perlstein et al. 1979).
Ne
croyez pas que les erreurs médicamenteuses ne sont dues qu'aux
médecins et aux infirmières. Les pharmaciens en
font beaucoup. Il est bien connu que les erreurs se produisent aussi
dans la préparation des prescriptions par les pharmaciens. Selon
une étude récente concernant les pharmaciens du Massachusetts
aux USA (State Board of Registration in Pharmacy), chaque année
2,4 millions de prescriptions y sont préparées incorrectement
pour les quelques 6 millions d'habitants (Knox et al. 1999). 88 pour
cent des erreurs de ces pharmaciens ont consisté à donner
aux patients, soit un faux médicament, soit une fausse
posologie.
D'une
manière générale, on a estimé que, pour
chaque dollar dépensé en médicaments en milieu
ambulatoire, un autre dollar est dépensé pour traiter
de nouveaux problèmes de santé provoqués par les
médicament (AAR,1998). Une étude de 1994 conclut que,
aux USA, chaque année, les coûts de la santé concernant
la morbidité et la mortalité attribuées aux médicaments
atteignaient 76,6 milliards de dollars. (Johnson 1995)
Les
erreurs relatives aux médicaments sont donc très
fréquentes. La plupart ne nuisent pas vraiment à la
santé, mais celles qui le font, coûtent très cher.
Une étude récente, conduite dans deux hôpitaux prestigieux,
a trouvé que quasiment 2 pour-cent des patients admis dans les
hôpitaux souffrent d'un événement contraire évitable
dû aux médicaments, ayant pour résultat une prolongation
de la durée moyenne d'hospitalisation de 4,6 jours et un
plus grand coût moyen de séjour hospitalier de 4.700
dollars (Bates 1995). Ceci représente environ 2,8 millions de
dollars annuellement pour un hôpital d'enseignement de 700 lits.
Si ces résultats sont généralisables, les seuls
coûts des événements contraires évitables
dus aux médicaments représentent environ 2 milliards de
dollars par année aux USA.
Les
erreurs médicamenteuse surviennent également dans les
homes. Pour chaque dollar dépensé en médicaments,
on y dépense 1,33 dollars pour le traitement de la morbidité
et de la mortalité liées à ces médicaments.
Au total, cela représente, par année, 7,6 milliards de
dollars pour les USA. Bootman et al. en 1999, ont estimé que
3,6 de ces 7,6 milliards pourraient être économisés
en diminuant les événements adverses évitables.
Erreurs
actives, défauts latents et système
En
considérant comment les humains font des erreurs, il est important
de distinguer les erreurs actives des erreurs latentes. L' erreur
active se produit au niveau de l'opérateur sur la ligne de
contact, et ses effets sont sentis presque immédiatement. C'est
pourquoi on parle parfois d'erreur de première ligne. Les
erreurs latentes, elles, tendent à être éliminées
du contrôle direct de l'opérateur et incluent des choses
telles qu'un mauvais design, une installation inadéquate, un
entretien défectueux de l'équipement, de mauvaises décisions
de gestion, et surtout des organisations mal structurées et/ou
mal dirigées. On y ajoute souvent le manque d'expérience
et de formation.
Les
erreurs latentes constituent la plus grande menace à la sécurité
dans un système complexe comme un grand hôpital public
d'enseignement, parce qu'elles sont souvent non reconnues et ont
la capacité d'avoir comme conséquences de multiples erreurs
actives.
Un
système est un ensemble d'éléments interdépendants
agissant les uns sur les autres pour réaliser un objectif commun.
Les éléments peuvent être humains (administrateurs,
médecins, infirmières etc...) et non-humains (équipement,
technologies, etc... ). Un système est un ensemble des éléments,
des procédés, ainsi que des relations qui les lient pour
obtenir un résultat. Tout système est organisé
en quatre niveaux hiérarchique coordonnés: unités,
parties, sous-systèmes, et systèmes. Quand de grands systèmes
sont mis en échec, (par exemple, dans un grand hôpital,
l'opération de la fausse jambe d'un patient ou l'ablation de
la matrice de la fausse patiente), cela est dû à de multiples
défauts latents qui se manifestent ensemble dans une interaction
imprévue, créant une série d'événements
dans lesquels les défauts croissent et se développent.
Leur accumulation résultent en un accident.
Un
accident est un événement qui implique des dommages
à un système défini, lesquels perturbent le cours
des choses, ou le futur résultat de ce système. Individuellement,
aucun unique facteur n'a causé l'accident, mais quand plusieurs
facteurs se manifestent ensemble, le désastre frappe. Perrow,
(1984), a employé le cadre DEPOSE, (Design, Equipement, Procédures,
Opérateurs, Supply ou approvisionnement et matériaux,
et Environnement), pour identifier les sources potentielles d'échec
dans un système. En évaluant l'environnement, quelques
chercheurs incluent explicitement le design et les caractéristiques
de l'organisation.
Ainsi,
par exemple, l'analyse de l'accident du challenger a mis en évidence
des défauts latents et des événement y ayant contribué
sur les neuf années précédentes. Les personnes
travaillant dans le système peuvent avoir de la peine à
porter leur attention sur ces erreurs ou défauts latents. En
effet le plus souvent, ces erreurs sont cachées dans le design
des procédures de routine, dans la structure, ou dans la gestion
de l'organisation. D'autre part les gens s'habituent aux défauts
latents et apprennent à travailler dans ce milieu. Ce
qui fait que ces défauts ne sont souvent même pas identifiés.
Dans son livre sur l'explosion du challenger, Vaughan, en 1996, décrit
cette normalisation de la déviance, dans laquelle des
petits changements du comportement deviennent la norme et écartent
les limites; à tel point que des déviations additionnelles
sont considérées comme acceptables. Quand des événements
déviants deviennent acceptables (un exemple hospitalier est le
désordre qui règne dans certains blocs opératoires),
le potentiel pour des erreurs est créé, parce que les
signaux, n'étant pas pris en compte ou mal interprétés,
s'accumulent sans même être remarqués.
Se
concentrer sur les erreurs actives laisse les défauts latents
demeurer dans le système, et leur accumulation rend réellement
le système plus enclin aux futurs échecs. Découvrir
les défauts latents, les corriger et diminuer leur étendue,
sont susceptibles d'avoir un plus grand effet pour rendre des systèmes
plus sûrs que des efforts pour réduire au minimum des erreurs
actives à l'endroit où elles se produisent.
Les
caractéristiques des industries fortement fiables, comme
le devraient être tous les hôpitaux, incluent une organisation
qui s'investit pour la sécurité, un niveau élevé
de recoupement dans le personnel et les mesures de sécurité,
et une forte culture d'organisation mettant la priorité sur le
savoir, le changement et la sécurité.
La
sécurité est définie comme l'absence de
dommages accidentels. Cette définition simple identifie que,
selon la perspective du patient, l'objectif premier de la sécurité
est de prévenir et d'empêcher des dommages accidentels.
D'une manière générale, la santé est un
système complexe et étroitement couplé. Les activités
dans un service d'accueil des urgences, les salles d'opérations,
ou une unité de soins intensifs sont des exemples de systèmes
complexes et étroitement couplés.
Si
un environnement est sûr, les risques d'accidents sont moindres.
Le postulat est que l'approche par système peut améliorer
beaucoup et durablement la sécurité dans toute entreprise.
Dans un hôpital, rendre un environnement plus sûr signifie
examiner les processus de soins, pour réduire les défauts
latents dans ces processus ou les déviations de la façon
dont les choses devraient être faites. Assurer la sûreté
pour le patient implique donc la création de systèmes
et de processus opérationnels qui augmentent la fiabilité
des soins au patient.
L'anesthésiologie
Bien
que beaucoup de gens croie le contraire, les professionnels de la santé
s'engagent fort peu pour la sécurité des patients. Il
n'y a eu que très peu d'actions collectives. L'exception la plus
souvent citée est le travail qui a été effectué
en particulier par les anesthésiologistes américains,
australiens, et suisses pour améliorer la sécurité
et les résultats pour leurs patients. En anesthésiologie,
le taux de mortalité attribuée à l'anesthésie
générale, qui était, avant la deuxième guerre
mondiale de 1 décès pour 50 anesthésies et dans
les années 70, de 1 à 2 pour 10.000 anesthésies
générales, est tombé à environ 1 pour 200.000
pour les patients n'ayant que peu ou pas de facteurs de risque et à
1 pour 20.000 anesthésies si l'on tient compte de tous les patients
à risque et de tous les actes et processus anesthésiques.
Le risque actuel d'une anesthésie est donc comparable à
celui d'une année de conduite automobile. Les progrès
en anesthésiologie sont donc impressionnants. Il n'en reste pas
moins que l'anesthésiologie doit encore faire beaucoup de progrès,
pour atteindre le niveau de risque de l'aviation civile, soit d'un accident
pour huit millions de vols.
Ce
succès a été obtenu grâce à une combinaison
de:
Changements
technologiques (nouvel équipement de surveillance, standardisation
et généralisation de l'équipement existant).
Stratégies
fondées sur l'information, y compris le développement
et l'adoption généralisée de directives de bonne
pratique clinique et de normes ou standards.
Application
des connaissances des facteurs humains pour améliorer les performances,
comme par exemple les simulateurs pour l'enseignement.
Création
de fondations pour la sécurité des patients, afin de rassembler
toutes les parties prenantes de différents horizons (médecins,
infirmières, fabricants etc... ) et créer un foyer d'action.
Approches
systématiques pour collecter les incidents et les évènements
contraires, les analyser et éliminer les erreurs.
Avoir
eu des leaders qui ont été les champions de la cause.
Qui
est responsable de toutes ces erreurs? L'individu ou le système?
La
plupart des personnes considèrent les erreurs médicales
comme un problème individuel des prestataires de soins,
plutôt qu'un échec dans le processus de fournir des
soins dans un système complexe. Quand on les questionne sur
les solutions possibles pour prévenir les erreurs médicales,
les mesures à prendre évaluées comme très
efficaces sont: empêcher les professionnels de la santé
qui ont eu des problèmes de pratiquer (75 %), et meilleure formation
des professionnels de la santé (69 %) (NPSF, 1997).
La
première réaction habituelle, quand une erreur se produit,
c'est de trouver et de blâmer quelqu'un. Pourtant même des
événements apparemment uniques sont dus le plus souvent
à la convergence de multiples facteurs. Blâmer un individu
ne change pas ces facteurs et la même erreur est fort susceptible
de se reproduire! Prévenir les erreurs et améliorer la
sécurité pour les patients nécessite une approche
systémique afin de modifier les conditions du système
qui contribuent aux erreurs.
Les
professionnels travaillant dans la santé, tels que les médecins
et les infirmières spécialisées, sont, encore,
parmi les plus instruits et les plus consciencieux du monde du travail.
Le problème n'est habituellement pas de mauvais professionnels,
mais de mauvais dirigeants et un système ayant besoin
d'être rendu plus sûr. Le postulat est que l'approche
par système peut améliorer beaucoup et durablement la
sécurité dans toute entreprise.
Que
doit-on faire?
Les
erreurs dans l'industrie qu'est devenue la santé sont à
un niveau inadmissiblement élevé. Les efforts des médecins
et de l'industrie se sont trop portés sur les innovations sans
qu'un effort égal et parallèle ait porté sur la
sécurisation des soins. Comme pour l'aviation civile et militaire,
un engagement national pour élever le niveau de sécurité
est nécessaire. Ceci exigera un fort leadership des médecins,
de préciser des objectifs et les mécanismes pour contrôler
les progrès, et une base de connaissances appropriée.
Le financement d'une telle volonté devrait être budgeté
et croître progressivement pour atteindre approximativement 1
% des centaines de millions que coûtent les événements
contraires et les incidents évitables. C'est modeste en comparaison
avec d'autres problèmes de la santé.
PatientProtect.com est convaincu qu'une diminution d'au
minimum de 5% des erreurs sur cinq ans est impérative et urgente,
pour le bien des patients et pour les contribuables.
On
doit reconnaître cependant, que quelques individus puissent
être incompétents, diminués, négligents,
de mauvais soignants, ou même avoir des intentions criminelles.
Le public a besoin d'être sûr que de tels individus seront
pris en charge efficacement et empêchés de nuire aux patients.
Des
équipes de professionnels, dites "tiger teams",
sont employées pour examiner la vulnérabilité des
systèmes des entreprises, en particulier celle aux hackers. L'idée
d'employer des équipes avec une connaissance sophistiquée
des systèmes techniques pour les tester et pour anticiper les
manières dont les systèmes de santé peuvent mal
fonctionner devraient être adoptés par les organismes étatiques
de santé.