Cela
indigne. Crime de chimio. Missourri: un pharmacien fortuné
du Kansas est accusé d'avoir altéré des médicaments
administrés pour le chimiothérapie anticancéreuse.
A Kansas City, Robert R. Courtney, 49, dans sa pharmacie du Centre de
Recherche Medical Tower, a préparé des prescriptions prétendument
correctement diluées de Taxol (praclitaxel) et de Gemzar (gemcitabine).
Il nie les faits dont on l'accuse.
Le
Taxol est employé contre des cancers avancés de l'ovaire,
du sein et d'autres cancers. Le Gemzar lui est employé pour traiter
le cancer du pancréas et quelques types de cancer de poumon.
Selon le FBI, certaines des perfusions de médicaments diluées
et distribuées par Courtney contenaient moins de 40 % des dosages
anticancéreux prescrits par les médecins.
Les
autorités ont fait remarquer que la dilution de forts coûteux
médicaments anticancéreux peut "épargner"
des centaines de dollars par dose. Dans un seul exemple, la dilution
aurait fait "épargner " et gagner au pharmacien quelque
780 dollars. " Nous allons examiner des centaines de patients (affectés)",
a dit le porte-parole du FBI Madame Bridget Patton (Reader's Digest,
janvier 2002).
L'ultime
sacrifice. Un homme en bonne santé fait don à son
frère de la moitié de son foie et meurt. Cette sorte de
transplantation doit-elle être autorisée? (Time. 28 janvier
2002).
Opération d'hernie inguinale: Le Professeur Schumpelick
constate que les filets synthétiques se rétractent et
migrent, ce qui, à son avis, représente un risque démesuré
pour le patient (PULStyp Januar 2000).
"Hernies: l'intervention à ciel ouvert préférable à la chirurgie
par laparoscopie? " (M&H 6 octobre 1999).
Découvrez l'ampleur des "adverse events" hospitaliers, c'est-à-dire
des événements contraires tels qu'accidents, incidents critiques, complications...
en lisant le livre édité en mars 2000 (National Academy Press) par Linda
Kohn: "To err is human: building a safer health system". En particulier,
un spécialiste américain des erreurs médicales, le Professeur Donald
M. Berwick de la Harward Medical School, à Boston aux USA, y démontre
que ces "adverse events", dont près des trois quart sont évitables,
font partie de la routine médicale hospitalière actuelle et qu'il faut
donc rapidement changer le système.
En Suisse, un Conseiller national qui est médecin anesthésiologiste,
le Dr. P. Günter, a demandé, voici déjà deux ans, la création d'une
commission chargée d'enquêter sur les accidents médicaux. Sa motion
a été malheureusement renvoyée aux calendes grecques.
Le prétexte est que, contrairement à l'aviation civile,
qui pourtant, tue beaucoup moins que la médecine, il s'agirait
d'une tâche des services cantonaux de santé publique.
En
Suisse, l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS)
a tiré la sonnette d'alarme, fin septembre 2000. L'OFAS estime
que, pour 1,25 millions de patients hospitalisés chaque année
en Suisse, il a entre 2.000 à 3.000 décès dus à
des erreurs médicales. Cela fait 40 à 60 morts par
semaine. Ce qui en ferait la cinquième cause de mortalité
dans notre pays, entre le diabète (2.004 décès
en 1996) et le suicide (1.431 cas).
De
l'avis de PatientProtect.com,
la réalité est pire et ces chiffres sont certainement
beaucoup plus élevés et, malheureusement, augmentent.
Une petite partie croissante de ces erreurs sont dues au manque de soins
et à l'incompétence, et la grande partie sont dues aux
erreurs latentes de notre système de santé. Ce système
de santé est de plus en plus riche en défauts latents
dans son organisation et son design, ses structures, sa hiérarchie
qui de plus en plus a éliminé les vrais
professionnels de la médecine, c'est-à-dire les médecins,
les cahiers des charges, la formation des personnels, la communication,
les procédures, les équipements etc... La majorité
des décès dus aux erreurs médicales surviennent
après une succession de "petites choses" qui n'ont
pas bien fonctionné, voir qui ont été faites à
moitié, comme c'est de plus en plus le cas dans les hôpitaux
publiques. Après des années de médecine technologique
triomphante, le citoyen est en train de redécouvrir que les patients
sont vulnérables et mortels et que, les médecins promettent
plus qu'ils ne peuvent tenir, en faisant, ou laissant croire qu'il n'y
a que des réussites.
"Après
le décès d'un ado de 13 ans, le tribunal condamne deux
médecins de Vevey... Les deux médecins ont fait preuve
de légèreté coupable" (Tribune de Genève,
13-14 janvier 2001). Cet adolescent s'était seulement fracturé
une clavicule.
"Drame
de Lugano. La victime amputée par erreur vendredi est dans
un état critique." (La Liberté, 16 janvier 2001).
Il s'agissait d'un patient de 80 ans amputé par erreur de la
fausse jambe.
"Environ
5000 personnes meurent chaque année dans les hôpitaux anglais
des suites d'une infection nosocomiale... Ces infections coûtent
au National Health service (NHS) britannique un milliard de livres par
an (2,5 milliards de CHF). Selon les estimations britanniques, les infections
nosocomiales touchent environ 100.000 patients chaque année.
"On ne pourra jamais totalement les prévenir, mais le NHS
pourrait faire d'avantage pour les combattre", a déclaré
le président du comité parlementaire, David Davis. Le
rapport juge en particulier" inexcusable" que certains employés
hospitaliers ne respectent toujours pas les recommandations préventives
les plus simples, comme le fait de se laver régulièrement
les mains. Toujours selon ce document, les infections nosocomiales pourraient
être réduites de 15%, si les règles d'hygiène
officielles étaient correctement appliquées." (Médecine&Hygiène.
2326. p:2530. 13 décembre 2000).
Bloc-notes: Les assureurs menacent. (Médecine&Hygiène
2341,4 avril 2001). Article
du Docteur B. Kiefer rédacteur en chef
Pas
de doute : elle a eu raison, Ruth Dreifuss, de moucher le Concordat
des assureurs maladie. En deux mots, voici l’histoire : Manfred Manser,
patron d’Helsana et homme-sandwich des idées du Concordat, a expliqué
dans une interview musclée au SonntagsBlick que si Mme Dreifuss refusait
de donner sa caution à la table ronde qu’il veut organiser sur le prix
des médicaments, il lancerait une initiative. Or il paraît, d’après
un article de M.-C. Petit-Pierre dans Le Temps du 27 mars, que, dans
l’entourage de Mme Dreifuss, on a décidé de faire des avions de papier
avec ce genre d’amabilités. On se méfie probablement que ce coup de
force travesti en table ronde ne soit qu’un début.
Ce
qu’il y a de piquant, à part ça, c’est que les assureurs «exigent» que
soient convoqués, pour cette fameuse table ronde, «le surveillant des
prix, l’industrie pharmaceutique, les organisations de consommateurs
et les assureurs maladie». Et les médecins ? Non. Les médecins sont
des employés des assureurs, voyez-vous. Ce ne sont pas des interlocuteurs
mais des tâcherons sous contrôle, ou presque. Que viendraient-ils faire
là ?
Mince.
A-t-on crié au scandale, du côté de la FMH ? A-t-on ri, au moins, de
cette stupide façon de se comporter, de ces assureurs qui se prennent
pour des nouveaux riches de la médecine, ou pour des grands patrons
ayant réussi leur OPA sur le système de santé ? Pas à notre connaissance.
Elle ferait bien, pourtant. Sinon, l’arrogance pourrait prendre l’habitude
de ne même plus nous adresser la parole.
Petite expérience. Vous allez sur le site internet de l’assureur Helsana
(celui dont Manser est le directeur), et vous vous promenez dans le
«rapport de la direction d’entreprise». Que trouvez-vous ? La même chose
que si vous lisez le rapport d’une banque ou d’un grossiste de nourriture
pour animaux. «Le bénéfice du groupe Helsana se monte à 35 millions…
Ce résultat réjouissant est imputable avant tout à une nouvelle série
d’efforts dans le domaine de l’optimisation des coûts». Ah bon, se dit-on
: ils ont diminué les coûts, donc baissé leurs frais administratifs,
ou rogné sur leur soutien aux équipes de hockey du pays, ou même raccourci
leurs spots TV. Rien de tout cela. Lisons la suite : «Helsana a considérablement
étendu ses activités notamment dans les domaines de l’audit des prestations
et de la gestion de cas». Ou encore, un peu plus loin : «Helsana a mené,
ces dernières années, un travail important visant à intensifier le contrôle
des prestations». Diminuer les coûts, pour ceux qui n’auraient pas compris,
cela revient donc à surveiller les médecins. Pour gagner de l’argent,
plutôt que d’imaginer de nouveaux types de collaborations, Helsana renforce
la police.
Mais tout cela n’est rien. Derrière, insidieusement, il y a l’arrogance
politique qui s’étend. Il y a Helsana, le plus grand assureur maladie
du pays, qui commence à rouler les mécaniques façon Blocher. Allez visiter
la partie «contexte politique» du même site Internet. Vous y lirez des
trucs du genre : «Les assureurs maladie pourraient se fâcher, considérant
le manque de volonté des instances politiques tant fédérales que cantonales
de prendre, enfin, les mesures qui ont été débattues depuis longtemps».
Vous avez bien lu : les assureurs menacent les politiciens de se fâcher.
Le reste du texte est du même tonneau. Les assureurs ne cachent plus
qu’ils sont riches à milliards, qu’ils ont le bras long et une petite
patience, et que la lenteur du jeu démocratique commence à les ennuyer.
Toujours sur ce site, mais au chapitre «rapport financier», on apprend
qu’Helsana a touché 3,5 milliards de francs de primes (privé et public
mélangés…) pour 1.454 millions d’assurés, que les réserves représentent
23,8% des primes et se montent à 1.466 milliards. Pff. A lire ces chiffres,
on se dit que les médecins sont bien peu de chose, éparpillés dans la
nature avec leurs petites entreprises. On se dit aussi que les menaces
politiques des assureurs sont à prendre au sérieux : ils ont les moyens
d’attirer à eux, rien que par l’odeur de l’argent, tous les politiciens
qu’ils veulent. Ca s’appelle chez nous du lobbying. Les Suisses se gaussent
des politiciens américains et de leurs liens avec l’industrie. Ils ont
tort. Dans notre pays, quantité de parlementaires touchent de l’argent
pour servir la soupe aux assureurs maladie, mais tout le monde s’en
bat l’œil. Nous n’avons pas le droit de savoir qui – en particulier
quel politicien – siège dans les conseils d’administration des assurances
maladie auxquelles nous sommes obligés de cotiser. Tout ce qui tourne
autour de ces assureurs est opaque : la démocratie n’y a pas accès.
Vous
vous demandez peut-être, pour en revenir à la menace d’Helsana : ça
donne quoi, des assureurs qui se fâchent politiquement ? Imaginez qu’ils
coupent les fonds de lobbying. Qu’ils stoppent leurs séminaires de formation
où les politiciens sont payés à coups de dizaines de milliers de francs.
Qu’ils éjectent de leurs conseils d’administration les nombreux parlementaires
qui s’y bousculent pour arrondir leurs trop petits cachets officiels.
ça ferait très mal. Au fond, leur menace de se fâcher, c’est vraiment
du sérieux... Concurrence : voilà l’unique cheval de bataille des assureurs
maladie. On peut lire l’ensemble de leurs rapports de direction, éplucher
leurs statuts, se coltiner toutes leurs petites et grandes réflexions,
on n’y trouvera pas de vision de la médecine. Que cette notion: concurrence.
Que: l’emporter sur les autres et, accessoirement, faire baisser les
coûts de la santé. Rien ne prouve que la concurrence ait jamais permis
la moindre réduction des coûts de la santé ? Qu’importe : elle sauvera
la médecine suisse, les assureurs en sont persuadés. Quant à eux, cependant,
pas question de s’ouvrir à des règles claires. Dans leur langage, concurrence
ne veut pas dire : que le meilleur gagne. Concurrence veut dire : on
s’arrange entre nous, pas d’Etat, pas de contrôles (ou alors, ceux de
l’OFAS, où les surveillants sont aussi méchants que des animateurs de
jeu télévisé). Pas d’approche culturelle, ça gêne quand on donne des
coups. Concurrence veut encore dire : on ne donne aux patients que le
minimum, on profite de leur ignorance. On séduit les «clients», on rabaisse
les docteurs.
Ce
que va faire de nous le réchauffement climatique ? Etonnante formule
de Michel Petit, du groupe d’experts de l’ONU pour le climat, dans Libé
du 30 mars : «On ne peut pas dire que la terre va devenir invivable,
mais ce sera un autre monde, et les gens risquent de ne pas aimer».
Même chose pour la prise de contrôle de la médecine par les assureurs.
Ce sera un autre monde, peut-être invivable celui-là. Réchauffement
climatique et avenir de la médecine: de vraies questions pour la démocratie.